[Journée : "Walter Benjamin : Du droit au mythe ?"]
17-18 mars 2008
sous la responsabilité de Marion Picker

 
 
Au début des années soixante-dix, le public français a pu prendre connaissance d’une partie des écrits de Walter Benjamin à travers deux volumes d’œuvres choisies dont l’un était intitulé « Mythe et violence » par son éditeur. Ainsi la réception française était-elle déjà orientée vers ces aspects limitrophes de la pensée politique de Benjamin, mettant l’accent sur des textes révélant des affinités politiques parfois étonnantes – au moins à première vue –, comme dans l’article « Critique de la violence » dans lequel Benjamin n’hésite pas à s’appuyer sur Georges Sorel. En Allemagne, par contre, la découverte de son œuvre est restée longtemps sous les auspices de la Frankfurter Schule, évitant plutôt des rapprochements qui auraient pu mettre trop en doute la compatibilité constante de la pensée de Benjamin avec le projet de la Kritische Theorie, ce qui a valu beaucoup d’attaques à ce monopole d’interprétation présumé.
Depuis, presque tout a changé. Si, au début des années quatre-vingt-dix, on espérait qu’en France, la réception des écrits de Benjamin serait moins marquée par des interprétations rivales comme c’était le cas en Allemagne et en Italie, la situation s’est au moins rapprochée de celle d’autres pays. Au cours de l’internationalisation inouïe de la critique benjaminienne, Walter Benjamin lui-même, devenu l’objet de festivals et fournissant des citations commodes pour agrémenter le journalisme au quotidien, nous est devenu familier au point d'être méconnaissable.
Loin de déplorer, en tant que tel, la perte d’un auteur au profit de ce que l’on pourrait percevoir comme banalité exotérique, nous souhaitons plutôt revenir sur la pensée strictement politique de Benjamin, en reprenant, comme point de départ, la question du mythe, elle-même non dépourvue d’ambiguïté : les débats de la fin des années quatre-vingt autour de la notion de « violence » aux États-Unis et en Allemagne l’ont montré. Il nous semble que c’est précisément la critique benjaminienne du mythe qui fournit le point d’articulation entre politique et esthétique. Nos débats adopteront ainsi une double perspective : analyser ce qui relève déjà, dans le traitement benjaminien du mythe, de la séduction intellectuelle, et, dans un deuxième temps, cerner les enjeux politiques du mythe que Benjamin conçoit comme apologie et double du droit, celui-ci étant à son tour mis en relief contre une notion de justice toujours évanescente. Ce dernier aspect ouvrira le débat sur la problématique théologico-politique et ainsi permettra de recadrer le complexe mythe-droit-politique chez Benjamin dans notre « époque mondiale ».

 


Programme :

LUNDI 17 mars 2008 : au Palais-Universitaire, salle Fustel de Coulanges

9h30 Gérard Bensussan/ Jacob Rogozinski (Strasbourg) - Introduction générale

10h30  Jean-Marc Lachaud (Strasbourg) - Walter Benjamin, politique, révolution et utopie (ou comment "organiser le pessimisme " aujourd'hui)

11h30  Gérard Raulet (Paris-IV) - Mythe et théologie politique : sur la conception benjaminienne de la justice

14h30  Alexander García-Düttmann (Londres) - Pauvreté et mythe chez Benjamin

15h30  Marion Picker (Carlisle) - De l’actualité : le projet de l’ "Angelus Novus"

16h30 Bruno Tackels (Paris) - La loi du cratère : du droit au mythe, pour repenser (faire trembler) le droit et son autorité

19h00  Irving Wohlfahrt (Reims) - Destin et caractère

 

MARDI 18 mars 2008 : au Palais-Universitaire, salle Fustel de Coulanges

9h30  Esa Kirkkopelto (Helsinki) - Séries mythiques : les jouets de Benjamin

10h30 Antonia Birnbaum (Paris-VIII) - La révolte du héros tragique et la conception de la justice

11h30 Dimitri Sandler (Paris) - Le rôle régulateur du concept d'origine dans l'œuvre de Walter Benjamin

14h00  Maria João Cantinho (Lisbonne) - Le messianisme benjaminien en tant qu’héritage philosophique

15h00  Petar Bojanić (Aberdeen) - La violence divine et le cas de Coré (Korah)

16h00  Andrea Allerkamp (Poitiers) - Histoires rêvées : Benjamin et Marx

conférence de clôture : à la librairie Kléber, salle blanche
17h30  Heinz Wismann (Paris) - L’approche du politique chez Benjamin et Carl Schmitt  

 


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