[Journées d'études : " L'éthique du refus "]
2 octobre 2009
sous la responsabilité de Aïcha Liviana Messina, Andrea Potestà et Alexis Zimmer

Lieu : Université de Strasbourg - Le Patio - Salle Hoepffner


 
 
« A certains moments, face aux événements publics, nous savons que nous devons refu-ser », écrit Blanchot en 1958, et il précise : « le refus est absolu, catégorique ». La notion de « refus » décrit ici un devoir de l’écrivain et/ou de l’intellectuel amenés, de façon incondi-tionnelle, à franchir une limite, à sortir de leur retrait pour prendre position dans l’espace pu-blic. Une éthique ou une politique du refus nomme ainsi, non pas des règles d’actions à ob-server et qui nous maintiendraient dans les limites d’une morale, mais l’épreuve d’une sortie, d’une parole et d’une existence tournées toutes entières vers l’extériorité, face à ce qui fait fi-gure d’intolérable. Le refus est appel au passage, à la sortie : mais de quelle sortie parle-t-on ? Et la parole qui assume le mouvement de cette sortie peut-elle se défaire du privilège de celui qui l’énonce ? À quel risque s’expose cette parole ? Quel corps avive-t-elle ? Ce geste relève-t-il d’une politique ou d’une éthique ? Que peut-on encore attendre et entendre sous ces dé-nominations ?
Cinquante ans plus tard, qu’appelons-nous l’intolérable ? Dans quel prisme historique sont pris les « événements publics » et comment se configure aujourd’hui l’espace de leur énoncia-tion ? Comment s’y insèrent nos paroles et vers quelle collectivité ou vers quelle extériorité sont-elles tendues ?
Cette journée d’étude se propose de mettre en jeu ces questions en confrontant les diffi-cultés et les apories que rencontre la réflexion philosophique, mais aussi ses désirs et ses promesses, au champ de l’actualité politique.

La journée distinguera quatre volets de réflexion.
On se demandera dans un premier temps, quelles sont les formes d’expositions politiques de la philosophie et quelles sont les responsabilités de l’écrivain et/ou de l’intellectuel « face aux évènements publics » et s’il est vraiment une responsabilité qui leur incomberait en pro-pre.
À travers une réflexion sur l’image, on réfléchira ensuite sur les différents processus de dénégation et de déréalisation ou encore de diabolisation de la réalité pour nous demander si nous faisons face à quelque chose qui puisse nous exposer à un passage à la limite, nous en-joindre à un refus « absolu, catégorique ».
Le troisième volet de cette journée proposera une rencontre avec différentes associations militantes afin de réfléchir aux enjeux, aux possibilités effectives et aux difficultés du militan-tisme.
Enfin, cette journée se terminera sur un débat sur la nostalgie politique, sur l’héritage de nos catégories ou de nos espérances politiques, et sur les impasses ou au contraire les puis-sances de cette nostalgie.

L’objectif principal de cette journée d’étude est de parvenir au diagnostic (ou du moins à son ébauche) des transformations qui se sont opérées durant ces cinquante dernières années (c’est-à-dire depuis ce que nous pourrions appeler notre ultime « révolution » : mai 68, ce qui y préparait, et ce qu’il nous en reste) de nos catégories (ou de nos désirs) politiques, des figu-res du « mal » (imaginaires ou réelles) et de notre positionnement dans l’Histoire ou dans un temps mondialisé, afin de poser à nouveau frais la question de l’action. Il s’agira ainsi de chercher des articulations entre ce qui semble relever seulement de la réflexion et le champ de la praxis tout en maintenant ouvert le hiatus entre « éthique » et « politique », entre une exi-gence de refus, de passage à la limite ou de sortie et les limites, les cloisonnements sans doute immanents ou coextensifs à « la » politique.

En alternant ses formes d’expositions (exposé, débat, projection d’images et rencontres), cette journée cherche à intéresser un public hétérogène, non acquis à une discipline en parti-culier, et à produire des interactions entre diverses sphères de réflexion et d’activité.

Lieux et organisation
La journée se déroulera à Strasbourg, dans les locaux de l’Université Marc Bloch avec la collaboration de :
- Collège International de Philosophie
- [parlement des philosophes]
- Équipe d’Accueil et de Recherche en Philosophie (EA 2326)
- Centre de recherche de Philosophie contemporaine


Programme de la journée :

I n t r o d u c t i o n
9h Alexis Zimmer, Aïcha Liviana Messina
Philosophies et philosophes du refus
10h projection d’un court métrage

1.   Q u ’ e s t - c e   q u e   l  ’ i n t o l é r a b l e  ?
Sommes-nous les héritiers de Nietzsche ? Voulons-nous d’une pensée « par-delà le Bien et le Mal » ? Ces questions se posent quand on entend en finir avec La morale : avec toute forme de moralisme conservateur, répressif, comme avec toutes les formes de ressentiments. En avons-nous pour autant fini avec le « mal » ? Un tel dépassement de la moral annonce-t-il la fin de tout combat ? A quelle tâche nous lie une pensée « par delà le Bien et le Mal » ? A quelles formes de vigilance ? A quelles décisions ?

10h30 Mathieu Potte-Bonneville
Titre à définir
11h15 Pierre Zaouï
Solitude, communauté et évanescence du non
12h Héloïse Bailly
Titre à définir

2.  Q u ’ a v o n s - n o u s   v u   ?   Q u e   v o i r  
e t   c o m m e n t ?

A la question « qu’avons-nous à faire en politique »
pourrait faire écho la question « qu’avons-nous à voir avec la politique ? », « qu’avons-nous à voir avec elle et qu’avons-nous à y voir ? », c'est-à-dire : à quoi faisons-nous face ? Qu’est-ce qui se dérobe cons-tamment à notre champ de vision ? Qu’est-ce qui nous regarde même sans être pleinement visible ? A quel invisible faut-il donner un visage ? Quel travail des images faut-il interrompre ou faire proliférer ?

14h Table ronde avec Sandrine Israël-Jost, Jérôme Lèbre, Boyan Manchev

3.  L e s   p r a t i q u e s   m i l i t a n t e s   a u j o u r d ’ h u i
Quelles “techniques”, quels savoirs faire s’élaborent aujourd’hui face à l’émergence de nouveaux terrains de lutte ? Comment faire partager et comment transmettre les fruits de l’expérience de ces différents mouvements en lutte ? Comment faire la jonction (et celle-ci est-elle nécessaire ?) entre la spécificité de celles-ci et la globalité du monde dans laquelle elles s’inscrivent ?

16h15 Réseau Education Sans Frontières 67
17h La CIMADE
17h45 Support Transgenre Strasbourg

4.  R é v o l u t i o n ,   n o s t a l g i e ,   i n q u i é t u d e
Ce débat se propose de mettre en question la nostalgie politique, l’héritage de nos catégories ou de nos espérances politiques, et les impasses ou au contraire les puissances de cette nostalgie.

19h Table ronde avec Gérard Bensussan, Andrea Potestà, Jacob Rogozinski, Michel Vanni