«
A certains moments, face aux événements
publics, nous savons que nous devons
refu-ser », écrit Blanchot en 1958, et
il précise : « le refus est absolu,
catégorique ». La notion de « refus »
décrit ici un devoir de l’écrivain et/ou
de l’intellectuel amenés, de façon
incondi-tionnelle, à franchir une
limite, à sortir de leur retrait pour
prendre position dans l’espace pu-blic.
Une éthique ou une politique du refus
nomme ainsi, non pas des règles d’actions
à ob-server et qui nous maintiendraient
dans les limites d’une morale, mais l’épreuve
d’une sortie, d’une parole et d’une
existence tournées toutes entières vers
l’extériorité, face à ce qui fait
fi-gure d’intolérable. Le refus est
appel au passage, à la sortie : mais de
quelle sortie parle-t-on ? Et la parole
qui assume le mouvement de cette sortie
peut-elle se défaire du privilège de
celui qui l’énonce ? À quel risque s’expose
cette parole ? Quel corps avive-t-elle ?
Ce geste relève-t-il d’une politique ou
d’une éthique ? Que peut-on encore
attendre et entendre sous ces
dé-nominations ?
Cinquante ans plus tard, qu’appelons-nous
l’intolérable ? Dans quel prisme
historique sont pris les « événements
publics » et comment se configure
aujourd’hui l’espace de leur
énoncia-tion ? Comment s’y insèrent nos
paroles et vers quelle collectivité ou
vers quelle extériorité sont-elles
tendues ?
Cette journée d’étude se propose de
mettre en jeu ces questions en
confrontant les diffi-cultés et les
apories que rencontre la réflexion
philosophique, mais aussi ses désirs et
ses promesses, au champ de l’actualité
politique.
La journée distinguera quatre volets de
réflexion.
On se demandera dans un premier temps,
quelles sont les formes d’expositions
politiques de la philosophie et quelles
sont les responsabilités de l’écrivain
et/ou de l’intellectuel « face aux
évènements publics » et s’il est
vraiment une responsabilité qui leur
incomberait en pro-pre.
À travers une réflexion sur l’image, on
réfléchira ensuite sur les différents
processus de dénégation et de
déréalisation ou encore de diabolisation
de la réalité pour nous demander si nous
faisons face à quelque chose qui puisse
nous exposer à un passage à la limite,
nous en-joindre à un refus « absolu,
catégorique ».
Le troisième volet de cette journée
proposera une rencontre avec différentes
associations militantes afin de
réfléchir aux enjeux, aux possibilités
effectives et aux difficultés du
militan-tisme.
Enfin, cette journée se terminera sur un
débat sur la nostalgie politique, sur l’héritage
de nos catégories ou de nos espérances
politiques, et sur les impasses ou au
contraire les puis-sances de cette
nostalgie.
L’objectif principal de cette journée d’étude
est de parvenir au diagnostic (ou du
moins à son ébauche) des transformations
qui se sont opérées durant ces cinquante
dernières années (c’est-à-dire depuis ce
que nous pourrions appeler notre ultime
« révolution » : mai 68, ce qui y
préparait, et ce qu’il nous en reste) de
nos catégories (ou de nos désirs)
politiques, des figu-res du « mal » (imaginaires
ou réelles) et de notre positionnement
dans l’Histoire ou dans un temps
mondialisé, afin de poser à nouveau
frais la question de l’action. Il s’agira
ainsi de chercher des articulations
entre ce qui semble relever seulement de
la réflexion et le champ de la praxis
tout en maintenant ouvert le hiatus
entre « éthique » et « politique »,
entre une exi-gence de refus, de passage
à la limite ou de sortie et les limites,
les cloisonnements sans doute immanents
ou coextensifs à « la » politique.
En alternant ses formes d’expositions (exposé,
débat, projection d’images et rencontres),
cette journée cherche à intéresser un
public hétérogène, non acquis à une
discipline en parti-culier, et à
produire des interactions entre diverses
sphères de réflexion et d’activité.
Lieux et
organisation
La journée se déroulera à Strasbourg,
dans les locaux de l’Université Marc
Bloch avec la collaboration de :
- Collège International de Philosophie
- [parlement des
philosophes]
- Équipe d’Accueil et de Recherche en
Philosophie (EA 2326)
- Centre de recherche de Philosophie
contemporaine
Programme de la
journée :
I n t r o d u c t i o n
|
9h |
Alexis
Zimmer,
Aïcha
Liviana Messina
Philosophies et
philosophes du refus |
|
10h |
projection d’un court
métrage |
1. Q u ’ e s t - c e
q u e l ’ i n t o l é
r a b l e ?
Sommes-nous les héritiers de Nietzsche ?
Voulons-nous d’une pensée « par-delà le
Bien et le Mal » ? Ces questions se
posent quand on entend en finir avec La
morale : avec toute forme de moralisme
conservateur, répressif, comme avec
toutes les formes de ressentiments. En
avons-nous pour autant fini avec le «
mal » ? Un tel dépassement de la moral
annonce-t-il la fin de tout combat ? A
quelle tâche nous lie une pensée « par
delà le Bien et le Mal » ? A quelles
formes de vigilance ? A quelles
décisions ?
|
10h30 |
Mathieu Potte-Bonneville
Titre à définir |
|
11h15 |
Pierre
Zaouï
Solitude, communauté et
évanescence du non |
|
12h |
Héloïse Bailly
Titre à définir |
2. Q u ’ a v o n s - n o u s
v u ? Q u e
v o i r
e t c o m m e n t ?
A la question « qu’avons-nous à faire en
politique »
pourrait faire écho la question « qu’avons-nous
à voir avec la politique ? », « qu’avons-nous
à voir avec elle et qu’avons-nous à y
voir ? », c'est-à-dire : à quoi
faisons-nous face ? Qu’est-ce qui se
dérobe cons-tamment à notre champ de
vision ? Qu’est-ce qui nous regarde même
sans être pleinement visible ? A quel
invisible faut-il donner un visage ?
Quel travail des images faut-il
interrompre ou faire proliférer ?
|
14h |
Table ronde avec
Sandrine Israël-Jost,
Jérôme
Lèbre,
Boyan
Manchev |
3. L e s p r a t i
q u e s m i l i t a n t e s
a u j o u r d ’ h u i
Quelles “techniques”, quels savoirs
faire s’élaborent aujourd’hui face à l’émergence
de nouveaux terrains de lutte ? Comment
faire partager et comment transmettre
les fruits de l’expérience de ces
différents mouvements en lutte ? Comment
faire la jonction (et celle-ci est-elle
nécessaire ?) entre la spécificité de
celles-ci et la globalité du monde dans
laquelle elles s’inscrivent ?
|
16h15 |
Réseau Education Sans
Frontières 67 |
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17h |
La CIMADE |
|
17h45 |
Support Transgenre
Strasbourg |
4. R é v o l u t i o n ,
n o s t a l g i e , i n q u
i é t u d e
Ce débat se propose de mettre en
question la nostalgie politique, l’héritage
de nos catégories ou de nos espérances
politiques, et les impasses ou au
contraire les puissances de cette
nostalgie.
|
19h |
Table ronde avec
Gérard
Bensussan,
Andrea
Potestà,
Jacob
Rogozinski,
Michel
Vanni |
|