[Colloque: "L'exclusion démocratique"]
11-13 mars 2004

sous la responsabilité de Gérard Bensussan, Jacob Rogozinski, Michel Vanni
 

L'adhésion à la «démocratie» fait aujourd'hui l'objet d'un consensus presque unanime. Ce qui doit éveiller notre vigilance critique: ne faut-il pas reconnaître qu’en démocratie la domination, les inégalités, l'injustice perdurent sous des formes nouvelles ? Ce régime s'est fondé en proclamant l'égalité universelle, le libre accès de tous à l'expression publique et à la décision politique. Pourtant, il tend à exclure un grand nombre de citoyens des lieux de décision où est censée se manifester la volonté «générale»: exclusion, jadis, des prolétaires, des femmes,des «anormaux » et, aujourd'hui, de ceux qui sont désignés comme «immigrés », «clandestins », etc. Ces différents modes d'exclusion ne sont jamais théorisés, ni même reconnus explicitement: l'on a affaire à une exclusion de fait, qui contredit la représentation que la société se donne d'elle-même. C'est, d'ailleurs, ce qui permet aux opprimés, aux exclus, de retourner ces principes contre la société qui s'en réclame et l'indétermination des règles d'exclusion joue ainsi un rôle positif dans la lutte pour l'égalité. Il convient cependant de s'interroger sur les limites d'un tel processus. Au lieu d'une inclusion positive, d'une intégration toujours plus poussée, n'a-t-on pas affaire à une égalité imaginaire qui vient masquer la persistance de la domination et de l'injustice? Quels sont les nouveaux modes d'exclusion que cette société génère aujourd'hui ? Gérard Bensussan - Jacob Rogozinski Département de philosophie de l’université Marc-Bloch, Strasbourg

Ronislaw Geremek - Geneviève Fraisse - Jean-Luc Nancy
L’exclusion démocratique
jeudi 11 mars, 20 heures, Aubette
Ronislaw Geremek, historien, élève de Fernand Braudel, a travaillé sur la marginalité, la pauvreté et la délinquance en Europe. Cofondateur de Solidarnosc, ancien ministre des Affaires étrangères, il continue de jouer un rôle important dans la vie politique polonaise. Il est l’auteur de Truands et misérables dans l'Europe moderne, La potence ou la pitié, Les fils de Caïn.
Geneviève Fraisse, philosophe et historienne (CNRS), est députée au Parlement européen. Ses travaux portent sur la controverse des sexes du point de vue épistémologique et politique. Elle est notament l'auteur de Muse de la Raison. Démocratie et exclusion des femmes en France, Les femmes et leur histoire, Les deux gouvernements: la famille et la Cité et La Controverse des sexes.
Jean-Luc Nancy a longtemps enseigné au département de philosophie de l'université Marc-Bloch. Largement reconnue et discutée en France et à l'étranger, son oeuvre aborde de nombreux domaines de la philosophie, de la politique et de l'esthétique. Il est notamment l’auteur de La Communauté désoeuvrée, Corpus, L'Expérience de la liberté, Etre singulier pluriel, La Création du monde.

Gérard Bensussan et Jacob Rogozinski (Strasbourg)
Ouverture du Parlement des philosophes
vendredi 12 mars, 9 h 30, Aubette

Frédéric Neyrat (Paris)
Ex : comment être au-dehors à l’ère globale ? vendredi 12 mars, 10 heures, Aubette
Frédéric Neyrat, né en 1968, est directeur de programme au Collège international de philosophie sur le thème de l'image du Capital. Membre de la revue Multitudes, il est l ’auteur de Fantasme de la communauté absolue et L'Image hors-l'image.

Joseph Cohen (Ottawa -Strasbourg)
L’alter-antisémitisme

vendredi 12 mars, 11 heures, Aubette
Joseph Cohen, né en 1971 à Montréal, travaille sur la question du sacrifice chez Hegel et Heidegger, sur la résurgence de l'antisémitisme dans la mouvance «altermondialiste » et, plus généralement, sur la figure du Juif comme exclu de la globalisation.

Alain Brossat (Paris-8)
Cloaque en démocratie
vendredi 12 mars, 14 h 30, Aubette
Alain Brossat, né en 1946, professeur de philosophie politique à l'université de Paris-8, a travaillé sur la Shoah (L'Epreuve du désastre) et s'intéresse actuellement aux mécanismes de domination et d'exclusion (Le Serviteur et son maître, essai sur le sentiment plébéien et La Démocratie immunitaire).

Maria Mühle (Berlin -Paris)
Le paradoxe de l’exclusion incluante
vendredi 12 mars, 16 heures, Aubette
Maria Mühle, chercheur à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, travaille notamment sur la pensée de H.Arendt. Elle abordera les paradoxes de l'exclusion à partir du travail de G.Agamben.

Diogo Sardinha (Lisbonne -Paris-10)
Qui est exclu de quoi, et comment ?

vendredi 12 mars, 17 h 30, Aubette
Diogo Sardinha, né en 1971 à Lisbonne, travaille sur la question de l'ordre et du temps dans la pensée de Michel Foucault.

Artan Fuga (Tirana)
Auto-exclusion politique et exclusion sociale
samedi 13 mars, 9h30, Aubette
Artan Fuga, né en 1954, est professeur à l'université de Tirana. Il est l’auteur de L'Albanie entre la pensée totalitaire et la raison fragmentaire et Les Mots dans la communication politique en Albanie.

Ioana Toma (Cluj)
Démocratie, «publicité » et communauté globale
samedi 13 mars, 10 h 30, Aubette
Ioana Toma, née en 1977 à Cluj (Roumanie), travaille sur la question de la communauté face à la globalisation. Elle parlera de la dissolution de l'espace public dans la «publicité» qui caractérise les sociétés contemporaines, notamment à partir de l'expérience des pays post-communistes.

Jean-Philippe Milet (Paris)
L’exclusion matrimoniale
samedi 13 mars, 12 h 30, Aubette
Jean-Philippe Milet, né en 1961, ancien directeur de programme au Collège international de philosophie, professeur en classes préparatoires. Il a notamment écrit L'Absolu technique, consacré à la question de la technique chez Heidegger. Il parlera des systèmes d'exclusion qui régissent les rapports de séduction et les stratégies matrimoniales dans notre société.

Thierry Laus (Lausanne)
L’oubli de la démocratie

samedi 13 mars, 14 h 30, Aubette
Thierry Laus, né en 1972, enseigne la théologie à la faculté de Lausanne. Il est l’auteur de Erotique de l'absence. Le Dénuement du monde. Il parlera de la question du christianisme et de l'universalité, des problèmes du messianisme comme structure temporelle d'un présent pourtant à venir, avec ses paradoxes qui se retrouvent dans la démocratie moderne.

Elfriede Müller (Berlin)
L’espace public comme lieu d’exclusion

samedi 13 mars, 16 heures, Aubette
Elfriede Müller, née en 1957 à Mayence, est historienne, chargée d'art public, anime les rencontres et les recueils Jour fixe initiative à Berlin. Elle est l’auteur de Théorie du fascisme - critique de la société, Comment devenir étranger, L'Histoire après Auschwitz, Les Lignes de fuite de l'exil.

Michel Vanni (Lausanne)
Démocratie à venir ?
samedi 13 mars, 17 h 30, Aubette
Michel Vanni, enseigne la philosophie à Lausanne. Après avoir travaillé sur la pensée de Lévinas, il s'intéresse actuellement à la question du monde et de l'événement dans la philosophie politique contemporaine. Il est l’auteur de L’Impatience des réponses.