[Colloque international : "Les lumières médiévales. Juifs, chrétiens, musulmans"]
10-14 mai 2005
organisé par Gérard Bensussan. Géraldine Roux
 

A l’heure de la montée des intégrismes, des communautarismes, il est nécessaire, pour la salubrité même de la pensée – par-delà les prises de positions passionnées – de faire retour ou tout au moins de réfléchir sur ce qui est souvent nommé « valeurs occidentales » ou « monde occidental ». Sur quel socle reposent-t-ils ? Les Lumières modernes semblent en être aussi bien l’origine que le fondement, accordant une place centrale à la raison, militant pour une égalité de tous, tout au moins quant aux instruments de connaissance, pour le recul de l’obscurantisme en faveur du savoir. Or, notre modernité n’est-elle pas par-là même hantée pas d’autres lumières, non pas celles du seul savoir mais de la foi ? Les lumières médiévales, fondant la raison sur la Révélation, qu’elle soit juive, chrétienne ou musulmane, ne viennent-elles pas hanter notre modernité et par-là même interroger son idéal de transparence, comme en creux de ses « valeurs » trop souvent insues ?

Ce sera le projet de ces journées : comment articuler foi et savoir, rationalisme et religion en tenant ferme leurs distinctions, sans abolir l’une des deux branches de la tension ? Quelle place peut avoir la religion dans la cité ? Comment articuler laïcité et pratique d’une religion ou, plus généralement d’une croyance, sans verser dans l’intransigeance ou le fanatisme ?

Ces journées tenteront d’apporter des pistes de réflexion au travers d’un questionnement, par des philosophes, sociologues et psychanalystes autour de trois thèmes : qu’entendre par « lumières juives médiévales » à partir principalement de la figure de Maïmonide ; l’influence des « lumières d’Orient » autour d’Al-Fârâbî, d’Avicenne et d’Averroès ; la question de la mystique rhénane, avec Strasbourg au cœur de son apparition. Chaque journée sera suivie d’un débat ancrant ces réflexions aussi bien dans nos interrogations contemporaines que dans la cité.

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MARDI 10 MAI (AUBETTE)

20h   L’invu des Lumières modernes
Jean-Luc Nancy (Strasbourg)
« Qu’est-ce que les Lumières ? » Comment reprendre aujourd’hui la question de Kant, aussi bien en remontant en arrière des Lumières modernes qu’en avançant jusqu’à notre temps, qui nous demande de « nouvelles lumières » ?


MERCREDI 11 MAI (AUBETTE)
(Journée d’études organisée par l’équipe d’accueil de philosophie allemande de l’Université Marc-Bloch)

9h  Logos et Révélation chez Grégoire de Nysse, Alain Durel (Paris)

10h La notion de miracle dans la théologie dialectique du Maharal de Prague, Joseph Elkouby (Strasbourg)

14h « Sans comment ». Ibn Taymiyya et le problème des attributs divins, Souheil Sayoud (Strasbourg)

15h L'idéal d'une croyance rationnelle ?, Géraldine Roux (Strasbourg)

17h Du langage religieux au dire sacré chez Maître Eckhart ?
Avec Benoît Beyer de Ryke (Bruxelles), Marie-Anne Vannier (Metz), Wolfgang Wackernagel (Genève)
Comment dire l'indicible ? Le langage religieux, tentant d'exprimer ce qui le déborde de toutes parts, ne doit-il pas être relayé par une autre approche, la voie négative, lui donnant sens par tout un travail de « déboîtement » et de fêlure ? La négation de toute approche positive du nom sacré est-elle dénuement total ou seule voie de « connaissance » du sacré chez Maître Eckhart ?

20 h Les juifs et l’Europe
Avec David Banon (Strasbourg), Gérard Bensussan, Jacob Rogozinski, Jean-Michel Salanskis (Paris)
La place des juifs dans l'Europe et leurs apports à sa culture se mesurent-ils à l'aune d'une « symbiose » ou, à l'inverse, d'une « dissimilation » ? Européanité cosmopolite ou radicale étrangeté ? Au fond, l'adresse et l'envoi lancés par les
juifs à l'Europe, à sa civilisation, à ses valeurs, entre désir et refus, ne visent-ils pas son impossible « essence » ?
 

JEUDI 12 MAI (AUBETTE)

9 h Le statut de la loi dans la cité vertueuse des falâsifa, Meryem Sebti (Paris)

10 h Lois humaines, loi divine chez Maïmonide, David Banon (Strasbourg)

11 h Pedagogy and Politics in the later works of Al-Farabi, Francesca Albertini (Heidelberg)

14h Eckhart et la naissance d'une spiritualité laïque, Benoît Beyer de Ryke (Bruxelles)

15 h Amour pur et monothéisme absolu : le Satan de Hallaj, Jad Hatem (Beyrouth)

17 h Mystique et dialectique. L'impossible alternative
Avec René Gutman (Strasbourg), Jad Hatem (Beyrouth), Marie-Anne Vannier (Metz)
Dans le désir mystique d'union avec Dieu, qu'il soit juif, chrétien ou musulman, la dialectique, comme construction philosophique et conceptuelle, apparaît au Moyen Age comme un chemin nécessaire. Comment comprendre cette tension
entre la nécessité du concept et la volonté de son dépassement ? Une réponse pourra être esquissée par la convocation de théologiens ou de mystiques comme
le Maharal de Prague, Nahmanide, Raymond Lulle, Nicolas de Cues ou Maître Eckhart.

20 h La politique de l’islam
Avec Abdelmajid Charfi (Tunis), Jean-Luc Nancy (Strasbourg), Hamadi Redissi (Tunis)
Pour l’islam, quel est le rapport entre religion et politique ? La question posée très souvent d’une manière caricaturale sera abordée à partir des origines de l’islam et de son invention au Moyen Age. Comment articuler aujourd’hui le message prophétique de Mahomet à la pratique historique des musulmans ?


VENDREDI 13 MAI (AUBETTE)

10 h De la pensée talmudique à Maïmonide : entre dogmatisme et ouverture, David Brezis (Paris)

11 h Leo Strauss et Maïmonide : l'actualisation de la pensée maïmonidienne de la Loi comme promotion de la philosophie politique et des véritables Lumières, Corine Pelluchon (Paris)

14 h La cité idéale d'Al-Farabi comme lieu philosophique de conciliation entre foi et raison, Georges Khairallah (Strasbourg)

17 h La déconstruction du christianisme
Avec Jean-Luc Nancy, Camille de Belloy, Gérard Bensussan
La « clôture de la métaphysique » dont le christianisme serait le plus lourd « verrouillage » est-elle aussi hermétiquement close qu'elle le paraît ? Comment déclore philosophie et foi afin de mener encore plus loin les Lumières ? Ne seraitce pas là faire luire l'obscurité même, la faire luire de sa clarté propre?

20 h Psychanalyse des religions, religion de la psychanalyse
François Balmès, Fethi Benslama, Alain Didier-Weill, Gérard Haddad (psychanalystes, Paris)
Pour Freud, la psychanalyse, si elle n'a pas pour objet de réfuter la religion à proprement parler, aura cependant fourni les éléments ultimes de sa critique comme conception du monde. Que reste-t-il de la religion après la « mise au point » psychanalytique ? Qu'est-ce qui, de la religion, oppose résistance ? Et comment penser encore ce reste résistant ? Quatre psychanalystes qui, chacun à sa façon, ont
marqué un intérêt vif et continu pour le phénomène religieux, s'expliquent.
 

SAMEDI 14 MAI (AUBETTE)
14 h Les juifs dans les mentalités chrétiennes au XIIIe siècle, Carole Wenner (Strasbourg)

15 h L'iconoclasme de Claude de Turin : Lumières carolingiennes ?, Annie Noblesse-Rocher (Strasbourg)

16 h L’oreille médiévale. Incursions dans les textes et les musiques du Moyen Age. Lecture par le comédien Christophe Feltz, avec la participation d’élèves du Conservatoire national de Région de Strasbourg.

17 h La Loi de Dieu
Rémi Brague (Paris-Munich)
L’idée de loi divine nous est devenue étrangère. Pourtant, elle a dominé les croyances et les pratiques depuis près de trois millénaires. L’alliance entre Dieu et la loi, nouée en Grèce antique et dans la tradition biblique, a revêtu des formes
différentes dans le judaïsme, le christianisme puis l’islam. C’est l’histoire de sa longue genèse, de son épanouissement contrasté au sein des trois religions médiévales et de sa dissolution avec la modernité européenne que Rémi Brague
se propose d’interroger. Professeur de philosophie à Munich et à Paris, Rémi Brague vient de publier La Loi de Dieu, Histoire philosophique d’une alliance (Gallimard).